Lectures 2019

L’Œuvre, Emile Zola,

Ce qui m’a attiré chez Zola c’est que certaines personnes en sont passionnées au point d’avoir lu la totalité de sa fresque des Rougon-Macquart, loin de l’image un peu chiante d’écrivain scolaire qui lui colle à la peau. Et en effet, c’est vivant, ça bouge, un peu mélodramatique sans tomber dans le superficiel grâce à l’intelligence du propos et je n’ai jamais retrouvé l’ennui que j’ai rencontré par exemple lors de la lecture d’Eugénie Grandet de Balzac, malgré une fin complètement désespérée. En plus de cela, L’Œuvre m’avait été conseillé lors de mes études d’Histoire de l’art à l’université pour sa description du contexte artistique de l’époque et j’ai beaucoup apprécié le récit du Salon de peinture et de sculpture, qui était l’événement majeur de la vie culturelle. Zola était journaliste et critique d’art avant même de devenir célèbre comme écrivain, ami proche de Cézanne qui fut la source principale d’inspiration pour le personnage du peintre presque génial mais incompris et on sent qu’il maîtrise son sujet.

 

Peer Gynt, Henrik Ibsen

Là encore une lecture scolaire, puisque j’avais acheté le livre suite à un spectacle vu en classe de seconde, à une époque où je n’avais pas vraiment réussi à me mettre dedans. J’ai donc récidivé lors d’une nuit d’insomnie et cette fois je suis entré dans cette pièce monumentale qui peut se lire comme un roman, drôle et mélancolique à la fois. Je me suis identifié facilement à ce conteur, hâbleur, génial et misérable, qui voyage à travers le monde et vit des aventures extraordinaire pour chercher ce qui l’attend chez lui pendant tout ce temps… Certaines scènes m’ont donné des envies de mise en scène, ce qui n’est pas banal, d’autres m’ont laissé un goût doux-amer.

 

Tokyo Express, Seichô Matsumoto

Un classique de la littérature policière nippone selon la quatrième de couverture. Un récit un peu sec dont l’intrigue constitue l’intérêt principal et qui se lit assez bien. C’était suffisant pour attendre la fin de la dernière séance de la journée lorsque je travaillais dans un cinéma.

 

Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino et François Veillerette

Nous voulons des coquelicots, c’est à la fois le nom d’un mouvement et du manifeste qui l’accompagne, demandant l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France. Le texte revient sur l’histoire de cette industrie et de l’incroyable travail de lobby exercé par celle-ci depuis des décennies. Un sujet ardu rendu accessible grâce aux nombreuses connaissances et à la plume fluide des auteurs. On ne retient pas tout mais l’indignation demeure. Pour le reste : https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

 

Sur le contrôle de nos vies, Noam Chomsky

Je ne fais pas partie de ces militants de la gauche radicale qui idéalisent Chomsky, comme dans le film Captain Fantastic, où sa date de sa naissance remplace avec humour celle de Noël, mais le bonhomme m’intéresse néanmoins et j’étais curieux de le lire depuis un moment. Un petit livre qui est le compte-rendu d’une conférence dans lequel il dénonce la financiarisation de l’économie et déclare un peu par provocation qu’il est capitaliste en comparaison des néolibéraux. Toujours intéressant mais loin d’être indispensable.

 

Vivre une vie Philosophique. Thoreau le sauvage, Michel Onfray

Offert pour mon anniversaire par ma famille qui connait mon enthousiasme pour l’auteur de Walden. Un petit livre pas désagréable à lire mais un peu léger et qui n’apporte pas grand-chose de nouveau. Je me suis surpris à me demander une fois la dernière page terminée quelle était sa raison d’être, hormis le fait que le nom de Michel Onfray sur la couverture assure à peu près de le vendre correctement… D’autant plus que j’ai relevé une erreur et que certains commentaires m’ont paru étonnants.

 

Huis-Clos, Jean-Paul Sartre

Ouais, pas mal.

 

Une histoire populaire de la France, Gérard Noiriel

Commencé parce qu’il était sur la table basse d’une amie, à coté du canapé dans lequel j’ai dormi pendant quelques jours… Le livre qui m’a redonné envie de m’intéresser à l’Histoire. Un énorme travail (832 pages !) qui raconte l’Histoire de la France, de la Guerre de Cent Ans jusqu’à aujourd’hui, en insistant sur les rapports de domination souvent escamotés du récit officiel. Une démarche inspirée de celle d’Howard Zinn et de son best-seller Une histoire populaire des Etats-Unis. Avez-vous déjà entendu parler par exemple du soulèvement massif des paysans alsaciens au début du XVIème siècle ? Saviez-vous que des blancs très pauvres vivaient aux Antilles, à l’époque de l’esclavage, mélangés à la population noire ? Un ouvrage impressionnant, par l’étendue des sujets et de la période abordés et par la bonne distance gardée par l’auteur, capable de prises de positions sans perdre l’art de la nuance.

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepulveda

Un roman qui avait tout pour me plaire, avec son histoire se déroulant en Amazonie, sa poésie sud-américaine et sa morale écologiste, par un auteur dont j’avais adoré Dernières nouvelles du Sud, mais allez savoir pourquoi, je suis resté un peu sur ma faim.

 

Greenpeace France. Une histoire d’engagement, David Eloy

Un livre-somme sur l’histoire de la branche française d’une des plus grandes ONG écologistes au monde. Passionnant, rempli d’anecdotes, aussi complet que possible, je l’ai dévoré comme un policier en quelques jours.

 

Un Egyptien dans la ville, Steven Saylor

Un ami m’a offert un jour un roman policier de cet auteur se déroulant dans la Rome antique. Chaque exemplaire de cette série que j’ai lu depuis est fidèle aux souvenirs laissés par les précédents : intéressant, suffisamment prenant malgré certains passages un peu didactiques et d’une grande fidélité historique qui rend crédible l’immersion. Celui ne fait pas exception.

 

Vingt ans après, Alexandre Dumas

Une relecture d’un roman que j’avais adoré adolescent, mais après tout une nouvelle lecture, car si le livre n’a pas changé ce n’est pas le cas du lecteur. Comme d’habitude chez Dumas, ce qui frappe c’est la facilité apparente de la prose et le don de nous faire entrer dans le récit d’aventure. La suite du génial Les Trois Mousquetaires gagne en complexité ce qu’elle perd en éclat : l’amitié de ceux dont la devise était « un pour tous et tous pour un » n’est plus aussi évidente qu’auparavant et est traversée à l’heure de la Fronde par des dissensions politiques. Les motivations des personnages sont moins nobles également : la principale de D’Artagnan n’étant plus l’honneur mais le désir d’avancement… Au fur et à mesure cependant les quatre hommes retrouvent un peu de leur esprit d’antan, les poussant à réaliser de nouveaux exploits. L’auteur brille peut être encore plus qu’à son habitude par la description vivante du contexte historique malgré les nombreuses infidélités à l’Histoire afin de faciliter la lecture. Malgré cela, il m’a fallu un long moment pour le finir à cause du sentiment parfois un peu vain ressenti face à l’enchaînement des péripéties et de mon agacement dans la deuxième partie devant l’exaltation béate de la royauté anglaise. Bref, un grand roman d’aventure malgré ses défauts.

 

La Belle Sauvage, Philipp Pullman

Malheureusement, je n’ai pas retrouvé la magie du cycle Les Royaumes du Nord. En effet, le premier tome de cette nouvelle trilogie placée chronologiquement avant la précédente est décevant sur bien des points. La plume est toujours fluide, c’est assez agréable à lire par certains aspects, mais l’histoire est décousue et beaucoup moins inventive. Le long voyage en canoë en particulier est répétitif et certains passages un peu trop symboliques ne m’ont pas convaincu.

 

Le monde comme si, Françoise Morvan

Françoise Morvan, j’en ai d’abord entendu parler dans le livre Partages, édition d’un an de chroniques sur facebook de son compagnon André Markowicz, considéré comme l’un des meilleurs traducteurs des classiques russes en français et en particulier d’un énorme travail sur Dostoïevski. A cette occasion, je me suis d’ailleurs aperçu qu’ils avaient traduit ensemble les œuvres de Tchekhov, dont Les Trois Sœurs dans l’édition qui nous avait servi à monter cette pièce quand j’étais dans un atelier théâtre étudiant. Comme le fait remarquer Markowicz, il est d’ailleurs étonnant qu’on ne se rappelle souvent que de son nom alors qu’il s’agit d’un travail en collaboration. Dans ces chroniques, il s’indigne des menaces et diverses tentatives d’intimidation exercées à l’encontre de sa compagne, suite à son essai Le monde comme si, très critique du mouvement indépendantiste breton. Ayant moi-même conservé un souvenir un peu agacé du chauvinisme local lors de mes trois années d’études à Nantes, j’ai été piqué par la curiosité.

La première partie de ce livre se lit comme un récit autobiographique assez plaisant et non dénué d’humour, d’une jeune fille naïve de parents bretons mais élevée à Paris et qui fait des pieds et des mains pour obtenir une affectation de l’éducation nationale dans le coin paumé de Bretagne, où depuis l’enfance elle a passé ses vacances. Très vite, une fois sur place, son travail d’étude de poètes régionaux la mène à se rapprocher du mouvement de promotion de la culture bretonne et elle participe par exemple, avec d’autres parents d’élèves, à la création d’une école Diwan. Cette longue introduction permet de saisir son parcours personnel, jusqu’au point de bascule où, suite à un conflit avec son directeur de thèse Pêr Denez, elle se retrouve bien malgré elle en guerre ouverte avec un milieu dont elle faisait partie. Certains propos qui lui sont prêtés par ses opposants la poussent alors à se pencher sur l’histoire du mouvement nationaliste breton qui constitue le véritable sujet de cet essai, et l’amènent de découvertes en découvertes. On y apprend par exemple que l’Allemagne nazie a fourni des armes à des indépendantistes bretons. Que plusieurs figures majeures du mouvement ont collaboré pendant l’occupation. Que les principaux journaux indépendantistes avant la seconde guerre mondiale étaient ouvertement antisémites. Etc, etc. Evidemment la sortie de ce livre a créé une immense polémique et ces propos furent souvent contredits. L’ennui, c’est que Françoise Morvan est avant tout une chercheuse. Si l’on peut remettre en cause, par exemple, le manque de nuance dans ses positions, ses contradicteurs se décribilisent lorsqu’ils nient en bloc, alors qu’elle apporte les preuves d’une bonne partie de ce qu’elle avance. Cette obsession permanente de donner ses sources, allant même jusqu’à photographier certains articles de presse, peut même à force devenir fatigante pour le lecteur, déjà un peu perdu dans l’enchevêtrement de noms bretons dans la galaxie indépendantiste. Cependant, cela vient consolider mon opinion qu’il s’agit d’un travail salutaire en plus d’être un bon livre, même si cela doit sérieusement défriser plus d’un de ceux que Brassens appelait « les imbéciles heureux qui sont nés quelques part ».

 

La dame du lac, André Sapkowki

Le hasard a mis sur ma route le dernier tome de la saga Le Sorceleur, trouvé dans la boite à livres d’une auberge de jeunesse à Lille, alors que mon errance sac sur le dos et la quantité limitée d’items que je pouvais transporter, me forçaient comme dans certains jeux de rôle à faire des choix drastiques dans ce que je pouvais emporter. J’y ai trouvé à peu près ce que je cherchais à ce moment-là : un véritable page-turner et un monde envoutant qui m’ont permis de m’évader quelques heures face aux difficultés de celui dans lequel j’évoluais. Un récit médiéval fantastique plus profond que la moyenne du genre mais dont les personnages m’ont paru tout de même un peu superficiels. Le meilleur passage selon moi étant la description d’une bataille racontée presque exclusivement du point de vue d’un chirurgien recevant les blessés. Quelques mois plus tard j’ai adoré la série sur Popcor… sur Netflix.

 

Le rendez-vous malais, Patrick O’Brian

Encore un excellent roman historique. Les aventures maritimes de Jack Aubrey alternant cette fois avec les manœuvres diplomatiques à terre et une très belle escapade de Stephen Mathurin dans un sanctuaire bouddhiste à la recherche d’orangs-outangs. Ceux qui apprécient les récits mariant la marine et le XIXème siècle peuvent se procurer les yeux fermés n’importe quel exemplaire de cette série littéraire.

 

Le crépuscule des idoles, Frierich Nietzsche

Nietzche est un con et je le développe ici :
https://www.senscritique.com/livre/Crepuscule_des_idoles/critique/203571180

 

Noms de pays : le nom, Marcel Proust

La dernière et plus courte partie de Du coté de chez Swan, lui-même premier roman du cycle d’A la recherche du temps perdu. Malgré un titre énigmatique et un style toujours incroyable, j’ai fini par être un peu agacé par la fébrilité du narrateur et le détail de ses émois adolescents.

 

Les derniers hommes, Pierre Bordage

Prenant, intéressant par certains aspects mais un livre finalement un peu vain.

 

Le premier quartier de la Lune, Michel Tremblay

Dès la première page on comprend qu’on a affaire à un véritable écrivain, qui possède un style et s’aventure loin des sentiers battus. Poétique, plein d’expressions imagées et de parler québecquois comme La Nuit des pinces charmants lu il y a longtemps, rempli d’une certaine tristesse et de joie à la fois. Pourtant comme incomplet, à l’image de ses personnages.

Les Solitudes

A un moment j’ai commencé à écrire des textes différents, presque sans intrigue, plus matures peut-être. Chaque histoire se déroulait dans une ville différente et se nourrissait des souvenirs que j’y avais, de l’atmosphère spécifique à chacune. Puis m’est venue l’idée de les publier sur une carte qui permette de situer chaque texte géographiquement. Voilà qui est fait. Certains sont meilleurs que d’autres bien qu’il y a eu une sélection, les plus anciens datent de l’époque où je vivais à Bruxelles et je crois m’être un peu amélioré depuis (ne pas se fier à la date de publication sauf pour ceux sur wordpress). Et le projet n’est pas fini, celui sur Porto est en cours d’écriture.

Pour connaitre leurs histoires, cliquer ici : Les Solitudes

Lectures 2018 – seconde partie

Dans le jardin d’Iden, Kage Baker

Ce bouquin je l’ai pioché dans la caisse de livres que mon frère prévoit de vendre en vide-grenier ou sur internet, pour passer le temps pendant le démarrage de mon ordinateur, c’est dire mon niveau d’attente quand je l’ai commencé. J’étais attiré par le fait qu’il s’agissait d’un roman historique et de science-fiction, genres qui peuvent être très distrayants quand ils sont bien écrits, ce qui n’est malheureusement pas toujours le cas. Finalement ce fut une bonne surprise. Cette histoire de voyage dans le temps m’a rappelé l’époque où j’étais adolescent et où je dévorais les livres de Philippe Ebly, Odile Weullerse, Evelyne Brisou-Pellen… L’intrigue n’est pas vraiment originale mais elle est raconté avec humour et j’ai été pris aussi bien par celle-ci que par les sentiments des personnages. Cela m’a permis de passer un bon moment, ce qui n’est déjà pas si mal.

 

Walden ou la vie dans les bois, Henry David Thoreau

Thoreau est un philosophe qui revient à la mode et pour cause. Dès les premières pages il remet en question, au XIXème siècle, tout les aspects de la société industrielle dont le grand public commence à seulement apercevoir les limites au début du XXIème siècle. En allant vivre seul dans la forêt, dans une maison qu’il construit de ses propres mains au bord d’un lac dont le nom inspirera celui de son livre, il rompt avec la plupart des aspects de la civilisation. En premier lieu il assimile le salariat à une forme d’esclavage, à un moment où celui-ci commence à faire polémique aux États-Unis d’Amérique. Puis il détaille de façon concrète et chiffrée son budget mensuel extrêmement restreint, ce qui lui permet de vivre en autonomie avec la pêche et l’agriculture. Pourquoi dépenser tant d’argent dans de nouveaux vêtements, quand ceux-ci ne protègent pas mieux que les précédents mais ont seulement pour objectif de suivre la mode ? Voilà une question qui est bien d’actualité… En restant le plus clair de son temps au contact de la nature il développe un don d’observation de celle-ci et s’interroge sur la profondeur du lac, ses courants sous-marins, son histoire, les animaux qui y vivent… Son indépendance d’esprit par rapport aux conventions lui permet de vivre libre, c’est à dire en total accord avec son caractère. Malgré un style parfois difficile et peu engageant, ce livre m’a profondément marqué et j’y ai beaucoup pensé lorsque j’ai passé une semaine dans la nature au bord d’un lac lors d’une retraite bouddhiste. Au point que je vais peut être dans un avenir proche le relire, voir commencer un travail artistique à ce sujet.

 

Prenez le temps d’e-penser, Bruce Benamran

Avant La science du Disque-Monde (cf article précédent), la chaine youtube e-penser que je recommande chaudement à toute personne un minimum curieuse de savoir comment fonctionne le monde (peut être juste ne pas commencer par la théorie de la relativité générale si vous n’avez aucune notion en physique…), a été le premier vecteur grâce auquel j’ai découvert que la science pouvait être une chose passionnante. En effet, inspiré par des initiatives similaires venant des pays anglo-saxons, Bruce Benamran prend souvent le biais de l’histoire scientifique et de ses découvreurs, pour nous expliquer avec beaucoup de pédagogie les questions qu’ils se sont posés et ce qui les a amenés aux conclusions que nous connaissons aujourd’hui. Rien à voir donc avec le fait d’essayer de nous faire apprendre par cœur des règles sans chercher à nous en faire comprendre l’intérêt, comme ce fut le cas de mes professeurs en science pendant l’ensemble de ma scolarité, en grande partie probablement à cause de la manière dont sont conçus les programmes et l’enseignement de manière générale. A la lecture, j’ai commencé par être légèrement déçu étant donné que les chapitres recoupaient exactement les sujets des vidéos de l’auteur, qui est très à l’aise pour les rendre divertissantes à regarder. Cela n’a d’ailleurs rien d’étonnant, puisque le lecteur ne fait pas forcément partie des personnes qui suivent son travail sur internet et qu’il s’agit des thèmes majeurs abordés par les ouvrages de vulgarisation scientifique comme je m’en suis aperçu par la suite. Cependant, après une petite période d’adaptation, j’ai aussi trouvé un certain plaisir à pouvoir avancer à mon rythme. Cela m’a semblé également un peu moins profond que l’ouvrage de Terry Pratchett sus-cité (non, ce n’est pas une insulte) mais l’objectif n’est pas le même, puisque ce dernier n’effectue pas un tour d’horizon des principales connaissances permettant d’avoir une culture scientifique de base. Et j’ai eu un sourire lorsque je me suis aperçu que la carte de transport d’un collégien avait été oublié dans l’exemplaire que j’avais emprunté à la bibliothèque. Un futur savant, peut être ?

 

Expédition à l’île Maurice, Patrick O’Brian

Patrick O’Brian n’est pas un écrivain irlandais comme son pseudonyme ne l’indique pas mais une référence, si ce n’est la référence, en ce qui concerne les récits de marine. Il a écrit une série de romans qui relate les aventures et l’amitié improbable entre un fougueux capitaine de la Royal Navy et un médecin passionné de zoologie, au début du XVIIIème siècle. Certains ont d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation avec l’excellent Master and Commander où Russel Crowe campe un incroyable Jack Aubrey, si bien qu’il m’a été impossible d’imaginer le personnage principal d’une manière différente. Comme à son habitude l’auteur remplit sa part du contrat avec une histoire inspirée d’une réelle campagne anglaise dans l’Océan indien, des combats navals racontés avec une redoutable précision et une connaissance sans faille du contexte historique. Les descriptions psychologiques sont aussi d’un grand intérêt, celles des personnages principaux évidemment qui évoluent avec le temps d’un livre à l’autre, mais aussi celles des autres capitaines dont les personnalités influent lourdement sur la guerre. Il m’est arrivé je dois l’avouer d’être perdu de temps dans les termes techniques ou d’avoir l’impression d’un trop-plein de descriptions maritimes, mais je compte bien à l’avenir reprendre le large en si bonne compagnie.

 

Le syndrome de l’autruche, George Marshall

George Marshall est un militant écologiste qui depuis des années essaye d’éveiller les consciences sur le changement climatique. Dans ce livre, il part du constat d’un échec collectif à appréhender ces questions et tente d’en comprendre les causes, c’est à dire « Pourquoi notre cerveau veut ignorer le changement climatique », comme l’indique le sous-titre. En effet, l’auteur est convaincu que contrairement à la majorité des combats écologiques, qui opposent les intérêts privés de grands groupes à celui de la population, notre absence de réaction face à cette menace majeure pour l’humanité trouve ses raisons premières ailleurs. Il les aborde l’une après l’autre au cours des 42 chapitres qui jalonnent sa démonstration : biais cognitifs, polarisation du débat, histoire de l’évolution, tabous sociaux, intérêts économiques (quand même), erreurs de communication… Malgré un style vivant et l’aspect passionnant de beaucoup des sujets abordés, il m’a fallu plusieurs mois pour finir ce livre nécessaire, à cause de son épaisseur… et peut être du caractère anxiogène de ce sujet et de la difficulté à regarder la vérité en face, dont il parle justement. Après tout comme l’a écrit Nietzsche « Si tu plonges longtemps ton regard dans l’abîme, l’abîme te regarde aussi. »

 

Une danse avec les dragons, George R. R. Martin

Pour beaucoup, Game of Thrones est avant tout une série télévisée et je ne leur jette pas la pierre étant donné que j’ai découvert cet univers de cette manière. Cela n’empêche pas qu’il s’agit d’abord d’un cycle de romans de fantasy bien plus complexe que la version par ailleurs très réussie de HBO. Lorsque j’ai trouvé ce tome dans une étagère de livres en libre service à la MJC Jean Macé à Lyon où je présentais une exposition, je l’ai montré à une amie qui a fait une moue de dédain sous prétexte qu’il s’agissait de « littérature facile », reproduisant le mépris d’une partie de ceux qui possède la culture classique de la littérature dite « blanche » pour les récits de « genre ». Cela m’a permis cependant de remettre mon jugement en question. Qu’en est-il réellement ? Certes, le style n’est pas la priorité de l’auteur qui aurait pu parfois délayer et on ne retrouvera pas ici la recherche formelle d’un Flaubert, mais c’est une caractéristique commune à de nombreux grands écrivains et très rares sont ceux qui arrivent à déployer une histoire d’une telle ampleur. Ne faisons pas la fine mouche, car sa (re)lecture a considérablement raccourci le long trajet en train qui m’attendait le lendemain. A quand la suite ?

 

Entre deux mondes, Olivier Norek

J’ai été attiré par cette histoire pour une seule raison. Durant deux semaines juste avant sa destruction par les services de l’état et le déplacement de sa population, j’ai été bénévole humanitaire dans la Jungle de Calais, expérience marquante dont j’ai tiré une nouvelle. Le polar d’Olivier Norek qui se passe en grande partie dans ce bidonville aujourd’hui disparu m’intriguait, d’autant plus qu’il avait d’excellentes critiques. Alors ? Dès le départ, on ne nous épargne rien de l’horreur traversée par les exilés, des charniers en Syrie à la noyade en mer, une mise au point très crue qui est salutaire. Les deux personnages principaux sont policiers tout comme l’auteur, mais l’un est un réfugié syrien tandis que l’autre vient de prendre ses fonctions à Calais. Le double point de vue est intéressant car il offre au lecteur la possibilité d’éviter le manichéisme. Le plus beau passage est probablement la rencontre avec ce chien devenu fou à force de chasser les migrants toutes les nuits pour éviter qu’ils ne montent dans les camions et qui mord toute personne à portée de mâchoire, le parallèle avec son maître étant évident. Certains flics sont des salauds, mais la plupart sont présentées comme des braves gars qu’on envoie faire le sale boulot. Cette position sur le fil était peut être tenable avant la présidentielle et le changement de gouvernement, qui depuis encourage fortement la répression et les dérapages violents. A quel moment obéir aux ordres est-il encore acceptable ? Regret aussi que si l’on voit le caractère inhumain de la politique appliquée à des êtres humains justement, celle-ci soit présentée comme inéluctable et qu’aucune remise en cause du système des frontières ne soit même abordée. La Jungle elle-même est assez crédible par rapport à celle que j’ai connu et l’on apprend dans les remerciements que l’écrivain y a dormi plusieurs nuits. L’intrigue quant à elle m’a moins intéressé que le contexte ou les personnages. Il reste un roman réaliste, dur, qui a le mérite de soulever un voile avec empathie sur un sujet dont on parle mal.

 

Vers la sobriété heureuse, Pierre Rabhi

J’avais emporté ce bouquin sur le tour Alternatiba car je voulais prendre quelque chose de facile à lire. Ce petit livre qui fut un best-seller constitue une critique de la modernité et de la société industrielle, qui aujourd’hui peut paraitre évidente mais l’était moins à l’époque de sa publication, changement auquel il a pu contribuer. C’est une synthèse des idées que Pierre Rabhi a développé dans ses nombreux ouvrages, peut-être celui qu’il faut lire si on n’en lit qu’un. Peut-être aussi est-ce la raison pour laquelle j’ai éprouvé un léger ennui, en plus du ton qui peut s’avérer parfois sentencieux.

Lectures 2018 – première partie

Comme l’année dernière, je vous propose un compte-rendu totalement subjectif des lectures que j’ai effectuées. Il ne s’agit pas des nouvelles publications, exercice que je trouve un peu vain malgré son succès auprès des blogueurs et des journalistes, car il est impossible pour un lecteur d’avoir épuisé le champ des possibilités de découverte des chefs-d’œuvres écrits au cours du temps. De plus, il n’y a pas tellement de livres valant véritablement la peine qui sortent au même moment et je n’ai pas tant le goût de la nouveauté ou du marketing. Ce qui fait la spécificité de cette année 2018 est le relatif faible nombre que je vais vous présenter. Seulement une quinzaine ! En effet cela fait exactement dix ans que je n’en avais pas terminé si peu. Les raisons sont en partie les mêmes qu’à l’époque : le très grand nombre de « non-fictions » pour la première fois majoritaires, qui même lorsqu’elles sont intéressantes nécessitent un peu plus d’effort qu’un roman dont on va facilement tourner les pages même si l’on n’est pas totalement convaincu. A cela s’ajoute la cohorte habituelle des bouquins que j’abandonne en cours de route et que je me refuse par conséquent à critiquer (la relecture de plusieurs centaines de pages de « Vingt ans après » pour combler mes insomnies en fait partie). Enfin, mon départ sur les routes pendant presque deux mois d’été dans des conditions qui me laissaient peu de temps libre y a également contribué.

 

Débuter son potager en permaculture, Nelly Pons et Pome Bernos

Un petit ouvrage pratique né de la collaboration des Éditions Actes Sud avec les Colibris (Kaizen). Facile à lire, il constitue une bonne introduction. J’ai particulièrement apprécié les dessins représentants par exemple les différents types de sol et les associations entre plantes, ainsi que les choix graphiques et de papier. Il faut cependant avoir conscience que le sujet est abordé de façon superficielle comme pour tout les livres parus dans cette collection et que quelqu’un de véritablement intéressé devra par la suite se tourner vers un autre ouvrage plus complet s’il veut aller plus loin.

 

Le soldat chamane 2. Le cavalier rêveur, Robin Hobb

J’avais relativement apprécié le premier tome étant donné les quelques originalités apportées dans cette série par ailleurs assez classique de « big commercial fantasy » (les réflexions sur le colonialisme, un peuple dont la culture est assez proche des indiens d’Amérique du Nord…) Malheureusement le second tome m’a un peu déçu. L’essentiel de l’intrigue tourne encore autour de la peste et se conclut exactement de la même manière par la mort d’un certain nombre de personnages, au point que je m’interroge sur la facilité de se complaire dans la description de la souffrance qui apparaît souvent dans ce genre (cf L’épée de vérité de Terry Goodkind). Quelques bonne idées comme la transformation physique du personnage principal qui devient obèse suite à la maladie et doit subir le jugement de ses proches. Malgré tout, l’intrigue fait du surplace et semble pâtir du manque d’inspiration de l’auteur.

 

Vendre ses photos, Joëlle Verbrugge

Clair et complet, une référence dans ce domaine. Un énorme travail effectué par Joëlle Verbrugge qui par ailleurs fournit sur son site Droit et Photographie des information utiles aux photographes, bien souvent perdus face à la complexité du droit et l’étroitesse d’esprit des administrations chargées de l’appliquer.

 

La science du Disque-Monde, tome 1, Terry Pratchett, Ian Stewart et Jack Cohen

Un excellent ouvrage que je recommande chaudement pour tout ceux qui sont curieux et ne sont pas complètement allergiques à la réflexion scientifique. Comme précisé dans la préface, il ne s’agit pas ici, comme c’est souvent le cas, d’imaginer comment le Disque-Monde pourrait fonctionner scientifiquement (ce qui serait stupide selon Terry Pratchett), mais de faire découvrir la science valable dans notre monde à travers l’observation de celui-ci par les mages de l’Université de l’invisible. Un chapitre sur deux se présente donc sous la forme d’une histoire du Disque-Monde toujours aussi jouissive à lire, tandis que les autres abordent du point de vue scientifique les sujets évoqués dans la fiction. L’exercice extrêmement casse-gueule est étonnamment réussi. La partie fictionnelle est vraiment drôle et la partie plus « sérieuse » facile à lire et complète. Cela est probablement du en partie au fait que le créateur du Disque-Monde possédait lui-même de solides notions scientifiques en plus de son incroyable humour et de son imagination. Ce livre a contribué après la chaîne Youtube e-penser à me réconcilier avec la science, que l’on m’avait appris à détester à l’école par son enseignement stupide, tout comme je l’ai fait auparavant avec la philosophie.  Par rapport au travail par ailleurs excellent de Bruce Benamran, Ian Stewart et Jack Cohen qui sont professeurs à l’université de Warwick vont encore plus loin, car plutôt que de nous apprendre les règles établies selon l’état de la science d’aujourd’hui, ils nous introduisent au raisonnement scientifique et par un même mouvement au caractère étrange et merveilleux du monde. Notre monde.

 

Janua Vera, Jean-Philippe Jaworski

De l’auteur, j’avais vraiment aimé Gagner la guerre qui reste aujourd’hui l’un de mes bouquins préférés en fantasy et l’une de mes plus belles découvertes de ces dernières années. C’est la raison pour laquelle j’ai eu l’idée de rechercher dans la bibliothèque où je vais s’il s’y trouvait d’autres pépites de sa confection. Janua Vera est un recueil de nouvelles se déroulant dans le même univers et pour lequel a d’ailleurs été inventé le personnage incroyable de Benvenuto Gesufal, dont l’histoire est plus longuement contée dans le roman sus-cité. Il est révélateur que le court récit où il apparait est le plus réussi de tous, car si les autres sont clairement au-dessus de la plupart des productions du genre, il leur manque le ton donné par cette fripouille pour obtenir le subtil cocktail qui surpasse le simple talent. Jean-Philippe Jaworski raconte justement dans la préface de cette édition comment l’assassin est revenu le hanter de façon presque indépendante de sa volonté, témoignage de l’importance de trouver la « graine de personnage » selon l’expression utilisée par une amie metteur en scène, afin de pouvoir l’incarner de façon vivante. Ceci est valable également dans le jeu de rôle, univers que l’auteur connait très bien pour en avoir inventés et qui a probablement influencé son écriture. Malgré tout, les autres protagonistes sont loin d’être de fades figures et je me souviens particulièrement de ce barbare frustre perdu en terre étrangère, que la rencontre avec une sorcière va aider à accepter la perte d’un enfant. Pour conclure, un excellent recueil de nouvelles de fantasy qui, sans atteindre le génie du roman qui suivit, fut pour l’écrivain à la fois un coup d’essai et un coup de maître.

 

La convergence des consciences, Pierre Rabhi

C’est un livre que j’ai lu dans un contexte très particulier, puisque c’était lors d’une retraite dans un centre de méditation bouddhiste. De là vient le fait que j’ai des souvenirs très aigus de la semaine où je l’ai parcouru et où je me consacrais avant tout à la pleine conscience, coupé par exemple de tout accès à internet. Je me remémore sans difficulté la subite averse de grêle, ainsi que l’oiseau mort dans l’encoignure d’une fenêtre de l’ancienne ferme où je prenais le temps de lire avant de me coucher. Cet environnement fut propice à la rencontre avec un auteur qui effectue lui-même des retraites dans un monastère chrétien et qui vit en contact avec la nature qui m’entourait à ce moment-là. Il fut également idéal pour la concentration, puisque j’ai lu et compris la totalité du hors-série réalisé par La Vie et Le Monde sur Albert Einstein qui était pourtant assez exigeant. Le livre de Pierre Rabhi se présente sous la forme d’un abécédaire et le ton d’un journal, où il reprend la même rengaine que d’habitude sur la sobriété heureuse. Étonnamment, bien qu’il ne s’agisse pas du tout d’une publication indispensable, la liberté de l’exercice a fait que j’ai trouvé la lecture plus agréable que certaines de ses leçons morales. On y apprend par exemple son estime pour Keny Arkana, même s’il regrette la violence de certaines paroles de ses chansons. En somme, une promenade en compagnie d’un homme qu’il ne faut pas considérer comme un gourou, mais qui peut malgré tout nourrir une réflexion.

 

Les vagabonds du rail, Jack London

Après avoir dévoré L’appel de la forêt à l’adolescence, Jack London est un écrivain que j’ai redécouvert plus récemment avec Martin Eden, ce qui m’a donné envie de lire tout ses livres comme c’était déjà le cas avec d’autres. La route ou Les vagabonds du rail est un ensemble de plusieurs récits autobiographiques sur une partie de sa jeunesse, durant laquelle il a traversé les États-Unis à plusieurs reprises en tant que passager clandestin dans des trains de marchandise. Plus que le style, ce sont les anecdotes et l’expérience de ce monde vu de l’intérieur qui font la valeur de ce texte, ainsi que bon nombre de réflexions personnelles. On comprend alors pourquoi Jack London fut aussi clairement socialistes et le romancier préféré du voyageur Christopher McCandless dont l’histoire est racontée dans Into the wild. On perçoit aussi l’influence évidente qu’il a pu exercer sur la Beat Generation, dont un autre Jack qui écrivit… Sur la route. Ce n’est pas une œuvre majeure, mais elle contient certaines leçons de vie. Ironiquement, j’ai donné mon exemplaire à un hébergeur citoyen lors de ma première étape de la Marche solidaire pour les migrants, en échange d’une bande-dessinée de la série Corto Maltese… dont Jack London est un personnage récurrent.

Lectures 2017

Afin d’animer un peu ce blog où les publications se font beaucoup trop rares malgré la qualité des textes (le pire c’est que je le pense), j’ai eu envie de rapporter les lectures que j’ai effectuées cette année, comme il m’est arrivé de le faire auparavant. Malgré le manque de réaction habituel sur internet pour ce genre de sujet qui parfois me navre (oui, il y a encore des gens qui utilisent le mot « navre », si j’avais employé « déçoit » cela aurait été trop fort et laissé entendre que j’avais eu un espoir, en plus cela ressemble à « nacre » ou bien à « havre), j’avais eu des retours directement de certaines personnes et j’aime bien réveiller chez les gens des centres d’intérêt enfouis par le manque d’occasion et l’oubli. Par expérience, je sais que je vais fatiguer si je tente de rédiger une critique pour les 25 titres découverts cette année et certains n’étaient ni assez bons ni assez mauvais pour mériter une telle attention, donc je me contenterai de les citer dans ce cas.

 

L’honorable barbare de L. Sprague de Camp

 

Today we live d’Emmanuelle Pirotte

Une heureuse surprise ! En effet, d’une part je ne suis pas fan de la majorité de la littérature contemporaine qui pour le coup me déçoit souvent et d’autre part, le sujet ne m’attirait pas tellement : pendant la seconde guerre mondiale dans les Ardennes, une petite fille juive est épargnée par un soldat allemand qui fait tout ensuite pour la protéger. La curiosité m’a poussé à entamer cette fiction car l’auteure est la mère d’une amie et parce que, si vous voulez tout savoir (ce dont je doute), j’ai pu mettre la main par hasard sur un exemplaire ayant appartenu à Catherine Clément dans un vide-grenier. Surpris oui, tout d’abord par la qualité du style si mes souvenirs sont corrects, signe qu’on l’a laissé suffisamment murir pour ne conserver du texte que sa substantifique moelle. Surpris aussi par les personnages qui finalement sont assez attachants. Surpris surtout par le « scénario » efficace qui n’en fait ni trop, ni pas assez. Alors certes, le caractère extraordinaire des deux protagonistes ôte un peu de crédibilité à l’histoire, mais cela n’enlève rien au reste.

 

Atomic Bomb de David Calvo et Fabrice Colin

Ce livre est complètement barré. La quatrième de couverture le décrit d’ailleurs comme « une sorte de roman de science-fiction hommage à la Beat Generation avec des surfers bourrés au LSD, des écureuils londoniens, des extraterrestres en forme de poire et des rats en guerre contre Nintendo. » Visiblement les chapitres ont été écrits à tour de rôle par ces écrivains qui se sont amusés à compliquer la tâche de leur co-auteur en amenant l’intrigue à des sommets d’absurdité. Un délire entre potes quoi, que j’aurais envoyé à un ami d’enfance si j’en avais eu la possibilité. Le résultat n’est pas un chef d’œuvre mais ne prétend pas l’être et m’a bien fait marrer.

 

Les luttes de classes en France de Karl Marx

Cela faisait un moment que j’avais envie de lire Karl Marx, suite à plusieurs discussions avec des gens rencontrés au Mexique et à Calais, ainsi qu’à la lecture de L’homme révolté d’Albert Camus et au visionnage de la vidéo d’Usul sur Bernard Friot. Ce n’est pas l’ouvrage le plus célèbre de ce penseur, puisqu’il a été écrit dans sa jeunesse juste après les événements qu’il décrit, c’est à dire l’échec de la seconde république en France avec au final la prise de pouvoir de Napoléon III en 1850. C’est probablement suite à ce constat que Karl Marx considèrera que toute république est forcément bourgeoise et qu’il abandonne l’idée d’une démocratie représentative (voir d’une démocratie tout court). Ce que j’ai trouvé frappant dans ce texte c’est le mélange d’intuitions parfois géniales (par exemple l’asservissement de l’état aux banques par le système de la dette qui est aujourd’hui tout à fait d’actualité avec la situation de la Grèce) et de mauvaise foi consommée qui le fait remettre en cause les intentions de tout individu n’ayant pas exactement les mêmes opinions que lui. En tant que licencié en sciences humaines j’ai même été consterné que tant de personnes aient pu se référer à lui en tant qu’historien alors qu’il s’agit avant tout d’un idéologue. En même temps il fait preuve d’une grande érudition et certaines de ces critiques de la république touchent justes. Gageons que ses écrits postérieurs sont plus matures.

 

La horde du Contrevent d’Alain Damasio

Un très bon roman devenu un classique de la fantasy française et qui m’a été conseillé par énormément de monde. Le style est recherché avec une véritable ambition littéraire, l’univers et les personnages sont complexes et l’épopée possède un véritable souffle. J’ai tout de même ressenti une très légère déception par rapport à mes attentes et dans un créneau similaire je lui préfère Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworsky

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The Spanish civil war: A very short introduction d’Helen Graham

Un livre que j’ai acheté lors de la visite du Musée mémorial de l’exil à La Jonquera, lors d’un séminaire sur les réfugiés à travers l’exemple de la guerre d’Espagne. Il est en anglais mais facile à lire et très intéressant, dans un format qui est plus ou moins l’équivalent d’un « Que sais-je ? » Pour reprendre les mots de Paul Preston, qui est apparemment le spécialiste le plus respecté sur le sujet : « This is far and away the best short introduction to the Spanish civil war that I have read in any language. »

 

60 jours et après de Kim Stanley Robinson

Pour une critique complète voir ici.

 

Lorenzaccio d’Alfred de Musset

 

L’invention des musées de Roland Schaer

 

Les nuits difficiles de Dino Buzzati

 

Rue des Boutiques Obscures de Patrick Modiano

 

Désobéissance civile et démocratie d’Howard Zinn

Lorsque je suis revenu de la Jungle de Calais en octobre 2016, beaucoup de mes croyances avaient été violemment remises en question par ce dont j’avais été témoin. Parmi celles-ci, la croyance partagée par la majorité d’entre nous que l’état de droit s’applique généralement dans notre pays et que lorsque par aventure il n’en est rien, il s’agit d’un dysfonctionnement ou d’un abus marginal qui ne remet pas en cause l’ensemble du système. Pourtant, j’avais constaté de visu que les droits les plus élémentaires sont déniés aux plus faibles (dans le cas présent les réfugiés, mais comme je m’en suis rendu compte par la suite, c’est vrai dans une moindre mesure pour les « jeunes des cités », les personnes âgées dépendantes et les SDF) par le système lui-même. C’est à mon retour que j’ai découvert sur le compte facebook d’un ami une vidéo de Matt Damon lisant un extrait d’Howard Zinn sur la désobéissance civile :

Enthousiasmé par ce premier aperçu qui m’ouvrait la perspective de nouvelles découvertes intellectuelles, je me suis renseigné sur cet historien connu pour son Histoire populaire américaine et j’ai demandé le livre à ma bibliothèque, qui a refusé l’acquisition sous le motif qu’il s’agit d’un auteur trop pointu, mais m’a permis une fois le livre commandé et la lecture achevée, de le prêter à la magnifique rousse qui travaille là-bas. Pour en revenir au bouquin, il s’agit d’un ensemble d’essais sur des sujets politiques écrits à différentes périodes de sa vie et qui ont notamment pour sujet la guerre, la justice et le travail traités à chaque fois sous un angle remettant en cause les discours dominants. Si Martin Eden fut le roman le plus stimulant que j’ai lu cette année, l’ouvrage d’Howard Zinn en est le pendant en ce qui concerne la non-fiction.

 

Le prophète blanc de Robin Hobb

 

La secte maudite de Robin Hobb

 

Martin Eden de Jack London

Il y a un mobile-home dans le camping des bénévoles à Calais, où j’ai vécu une semaine dans une sorte de collocation temporaire et que j’apprécie pour sa convivialité. Aussi c’est avec plaisir que j’y suis retourné en visiteur un peu moins d’un an après et que j’y ai trouvé ce livre laissé sur une étagère par un des précédents occupants. Martin Eden est souvent considéré comme le chef-d’œuvre de Jack London, point sur lequel je ne m’engagerai pas car j’avais énormément apprécié ses récits se déroulant dans le grand nord, découverts en même temps que ceux de Mark Twain et de Robert Louis Stevenson dans la Bibliothèque de l’Aventure durant mon adolescence, mais c’est plus certainement le titre qui est souligné en rouge dans mon carnet de lecture comme celui qui m’a le plus marqué cette année. L’histoire, inspirée librement de la vie de l’auteur, est celle d’un marin un peu frustre qui décide de rattraper son manque d’éducation et de devenir écrivain afin de pouvoir demander la main d’une jeune fille de la haute société dont il est éperdument tombé amoureux. Petit à petit, ses études acharnées bouleversent sa vision du monde et confirment ce dont il avait déjà l’intuition, à savoir qu’il est plus malin que les autres. Ce roman possède d’immenses qualités. Tout d’abord, bien que l’action en elle-même soit réduite à la portion congrue, il a le souffle des récits d’aventure qui empêche tout ennui d’apparaitre. L’histoire se concentre sur la romance et les difficultés financières du héros qui permettent de maintenir le suspense, même si cela fonctionne plus grâce à l’art de raconter de l’auteur qu’à l’intrigue en elle-même ou au style. Mais surtout, Jack London fait preuve dès les premières pages d’une description très précise de la société et des rapports de classe, qui évolue lentement avec le regard de Martin Eden né trop tôt pour se savoir surdoué, vers le constat désespéré de la médiocrité de l’essentiel de l’Humanité.

 

La magnificence des oiseaux de Barry Hughart

« Un truc bizarre » ou « ça ressemble à du Terry Pratchett mais ce n’est pas exactement la même chose », c’est comme cela qu’on m’avait décrit cette série de fantasy humoristique se déroulant dans la Chine antique et j’avoue avoir du mal à faire mieux. Vaut le coup d’œil pour le moins.

 

Sur la lecture de Marcel Proust

Quiconque se pique de littérature ne sera pas surpris si j’affirme que Proust est probablement le plus grand écrivain français de tout les temps (déso pas déso Flaubert, t’es un génie quand même.) Quel plaisir de retrouver sa prose, dans un essai qui déjà s’inspire des souvenirs de son enfance avec un art consommé de la digression, comme il le fit pour sa Recherche. Ce texte relativement court donc, m’a donné envie de me remettre à cet auteur que j’avais étudié au lycée, agissant comme une certaine madeleine.

 

Désobéir de Frédéric Gros

Ma critique ici.

 

Moi, candidat de Mark Twain

 

Le fantôme de l’opéra de Gaston Leroux

 

Kôsaku de Yasushi Inoue

Le récit touchant sous la forme d’un roman, de l’enfance de l’auteur dans un village reculé du Japon au début du 20ème siècle. Intelligent et bien écrit.

 

En avant, route ! d’Alix de Saint-André

 

Vers la révolution intérieure de Krishnamurti

J’ai été assez déçu par ce livre, alors que cela faisait plusieurs années que je me promettais de lire ce grand penseur spirituel indien du 20ème siècle, qui a inspiré notamment Aldous Huxley. La raison en est-elle qu’il s’agit ici de la retranscription de différentes conférences qu’il a données à travers son pays, d’où l’oralité du style et une inévitable répétition ? Mystère.

 

Un amour de Swann de Marcel Proust

Après avoir découvert Proust en première littéraire grâce à un prof extraordinaire, il m’avait fallu plusieurs années avant de lire en entier le premier tome d’A la recherche du temps perdu d’où provenaient les extraits étudiés en classe. En effet, au-delà de ses phrases à rallonge qui demandent un effort de concentration même au lecteur aguerri, les thèmes abordés et le point de vue ne sont pas forcément ceux qui parlent le plus à un adolescent. J’en avais gardé un bon souvenir cependant et c’est avec plaisir que je me suis replongé dedans. Ce second livre m’a un peu surpris, car bien que l’on retrouve le style magnifique de l’auteur, sa quête poétique du souvenir est un peu suspendue par cette histoire d’amour vécue par Swann, personnage dont Proust parle à la troisième personne mais dont on devine que les origines puisent bien souvent en lui-même. J’y ai apprécié la critique sociale des milieux bourgeois et aristocratiques que je n’avais pas perçue dans Combray, bien qu’elle y soit en mode mineur et qui est faite non sans humour sur un constat désespéré. En revanche, malgré toute l’admiration que j’ai pour cet auteur, je dois avouer m’être plusieurs fois ennuyé devant les développements quasi sans fin des sentiments du personnage principal, dont la mollesse d’esprit finit en outre par devenir agaçante. Mais peut être cela était-il nécessaire tellement Proust est l’écrivain de l’infime et écrit sur ce qui échappe aux autres, comme lorsqu’une phrase musicale entendue lors d’une soirée mondaine lui fait prendre conscience du moment précis où il comprend que son amour s’éteint.

Profession de foi (plutôt qu’une)

C’est en partie par admiration que j’ai eu envie de commencer ce blog. De l’admiration pour de grands artistes, qui permet de profiter un peu de leurs qualités, mais aussi de l’esprit critique afin de ne pas les idéaliser. Regretter les faiblesses d’une œuvre, c’est aussi montrer les écueils que d’autres ont su éviter. Et puis comme pour les personnes, les plus belles sont souvent bourrées de défauts.

Il y a de ça déjà plusieurs années j’avais un blog de critiques littéraires et puis j’ai arrêté de l’entretenir à la faveur d’un long séjour en Italie. Plus récemment, j’ai ressenti le besoin de créer un tumblr qui me serve de carnet de notes, puis un autre qui soit cette fois uniquement un journal photographique de voyage. Finalement, il semble qu’il y ait encore des choses que j’ai envie d’écrire et qui ne conviennent pas à ces formats, comme des critiques de livres ou d’autres œuvres et certains de mes textes que j’ai envie de partager. A trop parler de l’intime, j’ai pris le risque d’être trop abscons, nombriliste ou difficile à déchiffrer. Je ne maîtrise pas bien cette notion, mais j’ai découvert récemment le terme « d’extime » et je trouve l’idée séduisante. Dans tout les cas si je prends du plaisir à faire ce blog et même sait-on jamais, quelques personnes à le lire, je n’aurai pas perdu mon temps.

Ah et bonne année.