Lectures 2019

L’Œuvre, Emile Zola,

Ce qui m’a attiré chez Zola c’est que certaines personnes en sont passionnées au point d’avoir lu la totalité de sa fresque des Rougon-Macquart, loin de l’image un peu chiante d’écrivain scolaire qui lui colle à la peau. Et en effet, c’est vivant, ça bouge, un peu mélodramatique sans tomber dans le superficiel grâce à l’intelligence du propos et je n’ai jamais retrouvé l’ennui que j’ai rencontré par exemple lors de la lecture d’Eugénie Grandet de Balzac, malgré une fin complètement désespérée. En plus de cela, L’Œuvre m’avait été conseillé lors de mes études d’Histoire de l’art à l’université pour sa description du contexte artistique de l’époque et j’ai beaucoup apprécié le récit du Salon de peinture et de sculpture, qui était l’événement majeur de la vie culturelle. Zola était journaliste et critique d’art avant même de devenir célèbre comme écrivain, ami proche de Cézanne qui fut la source principale d’inspiration pour le personnage du peintre presque génial mais incompris et on sent qu’il maîtrise son sujet.

 

Peer Gynt, Henrik Ibsen

Là encore une lecture scolaire, puisque j’avais acheté le livre suite à un spectacle vu en classe de seconde, à une époque où je n’avais pas vraiment réussi à me mettre dedans. J’ai donc récidivé lors d’une nuit d’insomnie et cette fois je suis entré dans cette pièce monumentale qui peut se lire comme un roman, drôle et mélancolique à la fois. Je me suis identifié facilement à ce conteur, hâbleur, génial et misérable, qui voyage à travers le monde et vit des aventures extraordinaire pour chercher ce qui l’attend chez lui pendant tout ce temps… Certaines scènes m’ont donné des envies de mise en scène, ce qui n’est pas banal, d’autres m’ont laissé un goût doux-amer.

 

Tokyo Express, Seichô Matsumoto

Un classique de la littérature policière nippone selon la quatrième de couverture. Un récit un peu sec dont l’intrigue constitue l’intérêt principal et qui se lit assez bien. C’était suffisant pour attendre la fin de la dernière séance de la journée lorsque je travaillais dans un cinéma.

 

Nous voulons des coquelicots, Fabrice Nicolino et François Veillerette

Nous voulons des coquelicots, c’est à la fois le nom d’un mouvement et du manifeste qui l’accompagne, demandant l’interdiction de tous les pesticides de synthèse en France. Le texte revient sur l’histoire de cette industrie et de l’incroyable travail de lobby exercé par celle-ci depuis des décennies. Un sujet ardu rendu accessible grâce aux nombreuses connaissances et à la plume fluide des auteurs. On ne retient pas tout mais l’indignation demeure. Pour le reste : https://nousvoulonsdescoquelicots.org/

 

Sur le contrôle de nos vies, Noam Chomsky

Je ne fais pas partie de ces militants de la gauche radicale qui idéalisent Chomsky, comme dans le film Captain Fantastic, où sa date de sa naissance remplace avec humour celle de Noël, mais le bonhomme m’intéresse néanmoins et j’étais curieux de le lire depuis un moment. Un petit livre qui est le compte-rendu d’une conférence dans lequel il dénonce la financiarisation de l’économie et déclare un peu par provocation qu’il est capitaliste en comparaison des néolibéraux. Toujours intéressant mais loin d’être indispensable.

 

Vivre une vie Philosophique. Thoreau le sauvage, Michel Onfray

Offert pour mon anniversaire par ma famille qui connait mon enthousiasme pour l’auteur de Walden. Un petit livre pas désagréable à lire mais un peu léger et qui n’apporte pas grand-chose de nouveau. Je me suis surpris à me demander une fois la dernière page terminée quelle était sa raison d’être, hormis le fait que le nom de Michel Onfray sur la couverture assure à peu près de le vendre correctement… D’autant plus que j’ai relevé une erreur et que certains commentaires m’ont paru étonnants.

 

Huis-Clos, Jean-Paul Sartre

Ouais, pas mal.

 

Une histoire populaire de la France, Gérard Noiriel

Commencé parce qu’il était sur la table basse d’une amie, à coté du canapé dans lequel j’ai dormi pendant quelques jours… Le livre qui m’a redonné envie de m’intéresser à l’Histoire. Un énorme travail (832 pages !) qui raconte l’Histoire de la France, de la Guerre de Cent Ans jusqu’à aujourd’hui, en insistant sur les rapports de domination souvent escamotés du récit officiel. Une démarche inspirée de celle d’Howard Zinn et de son best-seller Une histoire populaire des Etats-Unis. Avez-vous déjà entendu parler par exemple du soulèvement massif des paysans alsaciens au début du XVIème siècle ? Saviez-vous que des blancs très pauvres vivaient aux Antilles, à l’époque de l’esclavage, mélangés à la population noire ? Un ouvrage impressionnant, par l’étendue des sujets et de la période abordés et par la bonne distance gardée par l’auteur, capable de prises de positions sans perdre l’art de la nuance.

 

Le vieux qui lisait des romans d’amour, Luis Sepulveda

Un roman qui avait tout pour me plaire, avec son histoire se déroulant en Amazonie, sa poésie sud-américaine et sa morale écologiste, par un auteur dont j’avais adoré Dernières nouvelles du Sud, mais allez savoir pourquoi, je suis resté un peu sur ma faim.

 

Greenpeace France. Une histoire d’engagement, David Eloy

Un livre-somme sur l’histoire de la branche française d’une des plus grandes ONG écologistes au monde. Passionnant, rempli d’anecdotes, aussi complet que possible, je l’ai dévoré comme un policier en quelques jours.

 

Un Egyptien dans la ville, Steven Saylor

Un ami m’a offert un jour un roman policier de cet auteur se déroulant dans la Rome antique. Chaque exemplaire de cette série que j’ai lu depuis est fidèle aux souvenirs laissés par les précédents : intéressant, suffisamment prenant malgré certains passages un peu didactiques et d’une grande fidélité historique qui rend crédible l’immersion. Celui ne fait pas exception.

 

Vingt ans après, Alexandre Dumas

Une relecture d’un roman que j’avais adoré adolescent, mais après tout une nouvelle lecture, car si le livre n’a pas changé ce n’est pas le cas du lecteur. Comme d’habitude chez Dumas, ce qui frappe c’est la facilité apparente de la prose et le don de nous faire entrer dans le récit d’aventure. La suite du génial Les Trois Mousquetaires gagne en complexité ce qu’elle perd en éclat : l’amitié de ceux dont la devise était « un pour tous et tous pour un » n’est plus aussi évidente qu’auparavant et est traversée à l’heure de la Fronde par des dissensions politiques. Les motivations des personnages sont moins nobles également : la principale de D’Artagnan n’étant plus l’honneur mais le désir d’avancement… Au fur et à mesure cependant les quatre hommes retrouvent un peu de leur esprit d’antan, les poussant à réaliser de nouveaux exploits. L’auteur brille peut être encore plus qu’à son habitude par la description vivante du contexte historique malgré les nombreuses infidélités à l’Histoire afin de faciliter la lecture. Malgré cela, il m’a fallu un long moment pour le finir à cause du sentiment parfois un peu vain ressenti face à l’enchaînement des péripéties et de mon agacement dans la deuxième partie devant l’exaltation béate de la royauté anglaise. Bref, un grand roman d’aventure malgré ses défauts.

 

La Belle Sauvage, Philipp Pullman

Malheureusement, je n’ai pas retrouvé la magie du cycle Les Royaumes du Nord. En effet, le premier tome de cette nouvelle trilogie placée chronologiquement avant la précédente est décevant sur bien des points. La plume est toujours fluide, c’est assez agréable à lire par certains aspects, mais l’histoire est décousue et beaucoup moins inventive. Le long voyage en canoë en particulier est répétitif et certains passages un peu trop symboliques ne m’ont pas convaincu.

 

Le monde comme si, Françoise Morvan

Françoise Morvan, j’en ai d’abord entendu parler dans le livre Partages, édition d’un an de chroniques sur facebook de son compagnon André Markowicz, considéré comme l’un des meilleurs traducteurs des classiques russes en français et en particulier d’un énorme travail sur Dostoïevski. A cette occasion, je me suis d’ailleurs aperçu qu’ils avaient traduit ensemble les œuvres de Tchekhov, dont Les Trois Sœurs dans l’édition qui nous avait servi à monter cette pièce quand j’étais dans un atelier théâtre étudiant. Comme le fait remarquer Markowicz, il est d’ailleurs étonnant qu’on ne se rappelle souvent que de son nom alors qu’il s’agit d’un travail en collaboration. Dans ces chroniques, il s’indigne des menaces et diverses tentatives d’intimidation exercées à l’encontre de sa compagne, suite à son essai Le monde comme si, très critique du mouvement indépendantiste breton. Ayant moi-même conservé un souvenir un peu agacé du chauvinisme local lors de mes trois années d’études à Nantes, j’ai été piqué par la curiosité.

La première partie de ce livre se lit comme un récit autobiographique assez plaisant et non dénué d’humour, d’une jeune fille naïve de parents bretons mais élevée à Paris et qui fait des pieds et des mains pour obtenir une affectation de l’éducation nationale dans le coin paumé de Bretagne, où depuis l’enfance elle a passé ses vacances. Très vite, une fois sur place, son travail d’étude de poètes régionaux la mène à se rapprocher du mouvement de promotion de la culture bretonne et elle participe par exemple, avec d’autres parents d’élèves, à la création d’une école Diwan. Cette longue introduction permet de saisir son parcours personnel, jusqu’au point de bascule où, suite à un conflit avec son directeur de thèse Pêr Denez, elle se retrouve bien malgré elle en guerre ouverte avec un milieu dont elle faisait partie. Certains propos qui lui sont prêtés par ses opposants la poussent alors à se pencher sur l’histoire du mouvement nationaliste breton qui constitue le véritable sujet de cet essai, et l’amènent de découvertes en découvertes. On y apprend par exemple que l’Allemagne nazie a fourni des armes à des indépendantistes bretons. Que plusieurs figures majeures du mouvement ont collaboré pendant l’occupation. Que les principaux journaux indépendantistes avant la seconde guerre mondiale étaient ouvertement antisémites. Etc, etc. Evidemment la sortie de ce livre a créé une immense polémique et ces propos furent souvent contredits. L’ennui, c’est que Françoise Morvan est avant tout une chercheuse. Si l’on peut remettre en cause, par exemple, le manque de nuance dans ses positions, ses contradicteurs se décribilisent lorsqu’ils nient en bloc, alors qu’elle apporte les preuves d’une bonne partie de ce qu’elle avance. Cette obsession permanente de donner ses sources, allant même jusqu’à photographier certains articles de presse, peut même à force devenir fatigante pour le lecteur, déjà un peu perdu dans l’enchevêtrement de noms bretons dans la galaxie indépendantiste. Cependant, cela vient consolider mon opinion qu’il s’agit d’un travail salutaire en plus d’être un bon livre, même si cela doit sérieusement défriser plus d’un de ceux que Brassens appelait « les imbéciles heureux qui sont nés quelques part ».

 

La dame du lac, André Sapkowki

Le hasard a mis sur ma route le dernier tome de la saga Le Sorceleur, trouvé dans la boite à livres d’une auberge de jeunesse à Lille, alors que mon errance sac sur le dos et la quantité limitée d’items que je pouvais transporter, me forçaient comme dans certains jeux de rôle à faire des choix drastiques dans ce que je pouvais emporter. J’y ai trouvé à peu près ce que je cherchais à ce moment-là : un véritable page-turner et un monde envoutant qui m’ont permis de m’évader quelques heures face aux difficultés de celui dans lequel j’évoluais. Un récit médiéval fantastique plus profond que la moyenne du genre mais dont les personnages m’ont paru tout de même un peu superficiels. Le meilleur passage selon moi étant la description d’une bataille racontée presque exclusivement du point de vue d’un chirurgien recevant les blessés. Quelques mois plus tard j’ai adoré la série sur Popcor… sur Netflix.

 

Le rendez-vous malais, Patrick O’Brian

Encore un excellent roman historique. Les aventures maritimes de Jack Aubrey alternant cette fois avec les manœuvres diplomatiques à terre et une très belle escapade de Stephen Mathurin dans un sanctuaire bouddhiste à la recherche d’orangs-outangs. Ceux qui apprécient les récits mariant la marine et le XIXème siècle peuvent se procurer les yeux fermés n’importe quel exemplaire de cette série littéraire.

 

Le crépuscule des idoles, Frierich Nietzsche

Nietzche est un con et je le développe ici :
https://www.senscritique.com/livre/Crepuscule_des_idoles/critique/203571180

 

Noms de pays : le nom, Marcel Proust

La dernière et plus courte partie de Du coté de chez Swan, lui-même premier roman du cycle d’A la recherche du temps perdu. Malgré un titre énigmatique et un style toujours incroyable, j’ai fini par être un peu agacé par la fébrilité du narrateur et le détail de ses émois adolescents.

 

Les derniers hommes, Pierre Bordage

Prenant, intéressant par certains aspects mais un livre finalement un peu vain.

 

Le premier quartier de la Lune, Michel Tremblay

Dès la première page on comprend qu’on a affaire à un véritable écrivain, qui possède un style et s’aventure loin des sentiers battus. Poétique, plein d’expressions imagées et de parler québecquois comme La Nuit des pinces charmants lu il y a longtemps, rempli d’une certaine tristesse et de joie à la fois. Pourtant comme incomplet, à l’image de ses personnages.

L’Ascension de Skywalker, J. J. Abrams

Dès le départ, soyons honnête : après la semi-déception et l’échec complet que furent respectivement les épisodes sept et huit, l’auteur de ces lignes n’attendait pas grand chose de ce nouveau film de la saga Star Wars intitulé L’Ascension de Skywalker, si ce n’est la perspective de pouvoir le descendre en flèche dans la présente chronique, tel le fauve alléché par la proie dont il pressent la faiblesse. Même ce plaisir lui est pourtant retiré, car si le dernier opus est alourdi par d’immenses défauts, il remplit à peu près sa part du contrat, qui est de soustraire au spectateur deux heures d’ennui à sa propre existence. A ce titre, il vient illustrer parfaitement les récents propos de Martin Scorsese sur les films Marvel (qui appartiennent comme Star Wars aux studios Disney), affirmant qu’ils s’apparentent plus à un parc d’attraction qu’à du cinéma.

Même si on pouvait raisonnablement ne pas apprécier la précédente trilogie sortie au cinéma, les films de George Lucas ont tous une indéniable qualité : l’incroyable travail effectué sur l’univers de la série, afin de lui apporter sa cohérence, sa richesse et sa crédibilité. Chaque planète possédait ses propres vêtements, son environnement, son architecture… ce qui a permis à plusieurs générations de fans de s’imaginer parcourir ce monde et de continuer l’aventure à travers les livres, les comics et même le jeu de rôle. Exactement comme dans Le Réveil de la Force, J. J. Abrams fait totalement l’impasse sur ce travail de fond et propose comme situation de départ de l’intrigue un postulat grotesque : l’improbable apparition d’une armée surpuissante de Super Destroyers dans un pan de la galaxie caché, dirigée par un méchant mort-vivant déjà tué dans un épisode précédent.

Cette absence de compréhension de l’œuvre originale, à laquelle il est fait pourtant constamment référence, que ce soit par le retour de Lando Calrisssian, la partie d’holojeu Dejarik avec Chewbacca ou l’apparition rapide d’Ewoks à l’écran, se traduit particulièrement dans l’utilisation qui est faite de la force. Alors que maître Yoda, certes plus tout jeune, extirpait difficilement le X-Wing Fighter de la vase dans l’Empire contre-attaque, Rey et Kylo Ren font joujou avec les vaisseaux sans effort apparent. De la même manière, les pouvoirs démesurés de l’affreux méchants qui lance des éclairs à travers l’espace donnent l’impression que le réalisateur s’est trompé de licence s’est cru un instant avec Thor à la fin d’Avengers Infinity. A quand des planètes détruites à coups de Kame Hamé Ha ? La force de Georges Lucas était un concept fortement inspiré des spiritualités de l’Extrême-Orient dont le bouddhisme et le taoïsme, pas un open bar aux super pouvoirs…

S’il s’agissait des seuls reproches que l’ont peut faire au film ! Malheureusement l’ensemble donne un sentiment de gâchis. Car ce dernier n’est pourtant pas totalement dénué de qualités et quelques bonnes idées mal exploitées donnent un aperçu ce qu’il aurait pu être avec un scénario correct. La rencontre avec une troupe de stormtroopers déserteurs en est un exemple, même si cela revient par ailleurs sans véritable justification sur le thème majeur et bien développé auparavant qu’il s’agit à la base d’une armée de clones… L’existence d’un espion parmi les officier du Premier Ordre également, bien que l’information soit révélée à toute le monde par les chefs de la Résistance qui décidément ne font guère preuve de jugeote et que ses motivations soient résumées en une seule phrases quelques minutes avant sa mort. Que le lecteur se rassure, ici nul spoiler puisque sa disparition n’a aucun impact sur l’histoire.

Enfin, la relation entre Kylo Ren et Rey est sans doute le seul aspect véritablement réussi et permet enfin à leurs interprètes de s’investir dans ces personnages. Le premier cesse d’être un simple pantin entre des puissances plus obscures et un complexe d’Œdipe mal géré, pour devenir un personnage aux motivations troubles mais aux motivations (miracle !) finalement assez cohérentes. La seconde reçoit enfin une explication quand à ses origines que jusque-là les réalisateurs avaient été trop feignants à fournir. En comparaison, les trajectoires de Finn et de Poe deviennent plutôt insignifiantes et restreintes aux scènes d’action. Celles-ci, bien que décemment réalisées, s’enchainent à une telle vitesse qu’il est difficile de se sentir vraiment concerné par leur dénouement. La dernière scène sur Tatooine est sans doute l’une des moins ratées car elle prend un tout petit peu son temps, en écho à celles du premier Star Wars, dont le montage était moins susceptible de créer des crises d’épilepsie.